Plaisir d’écrire

14 août 2011

« La couleur des sentiments » de Kathryn Stockett

Publié par estherzambo dans Non classé

Dans son roman, Kathryn Stockett donne successivement voix à plusieurs femmes, dont deux domestiques, deux « bonnes » noires : Minny et Aibileen ; ainsi qu’à Miss Skeeter, une jeune Blanche pas comme les autres. L’histoire se déroule au début des années 60 à Jackson, une petite ville du Missisipi où les races sont radicalement séparées :  les Blancs sont les maîtres, les Noirs les domestiques et les souffre-douleurs.

Tant qu’ils restent à leur place, les Noirs sont tolérés, voire même appréciés à l’instar de ces bonnes qui passent toute leur vie au service de familles blanches. Elles sont au coeur de tous les comportements déviants des Blancs, savent tout des secrets de famille honteux, mais doivent rester discrètes et invisibles pour préserver leur travail et même leur vie.

Alors quand Minny, refuse de se mettre au service de Miss Hilly – la prétentieuse de service – elle se voit fermer toutes les portes des meilleures maisons. Résultat : plus de travail, plus d’argent, la misère pour elle et pour ses enfants. D’autant plus que Miss Hilly tient d’une poigne de fer l’association où se retrouvent les dames de la « haute » société de Jackson . C’est elle qui décide de tout, qui arbitre tout, qui suggère les actes les plus racistes à l’égard des bonnes noires.

Heureusement, Minny se vengera d’une manière inoubliable, en servant à Miss Hilly une tarte au chocolat agrémentée d’un ingrédient personnel et inédit : de la merde !

Aibileen, elle, n’a pas le caractère explosif de Minny. Un peu plus âgée, cette femme noire a la douleur enracinée à son coeur depuis la mort de son fils unique, tué par son patron blanc. C’est en grande partie grâce à elle que les autres bonnes de Jackson accepteront de raconter leurs histoires à Miss Skeeter, une jeune Blanche mal dans sa peau. En raison de sa trop grande taille et de ses cheveux rebelles, la jeune fille est si effacée que personne ne fait grand cas d’elle.

Miss Skeeter décide de faire parler les bonnes, car elle espère devenir journaliste et tient à exposer un sujet important, qui lui tient à coeur. Ce d’autant plus qu’elle a elle-même été élevée par une bonne noire que ses parents ont renvoyée en découvrant qu’elle avait eu une enfant métisse dont la peau était si claire qu’elle pouvait se faire passer pour une Blanche.

On imagine très bien, en lisant les récits de Minny et d’Aibileen quelle fut la vie de ces femmes au temps de la ségrégation, dans un état aussi raciste que le Missisipi. Leurs portraits sont très humains, vivants d’anecdotes et de souvenirs tirés de la vie de Kathryn Stockett, elle-même  élevée par une bonne noire.

J’ai été marquée par l’amour des bonnes noires pour les enfants blancs qu’elles élèvent. Seulement, la société est ainsi faite que ces enfants, une fois grands, posent un regard différent sur les femmes qui les ont élevés et aimés comme de vraies mamans.

J’ai été touchée par la violence sous-jacente, les allusions au KKK et les exécutions sommaires de Noirs.

Encore plus, j’ai été touchée par les actes de discrimination et d’humiliation quasi quotidiens. Par exemple, la peau des Noires étant dégoûtante pour les yeux des Blancs, les bonnes étaient contraintes de cacher leurs jambes avec des collants qu’elles portaient même par les plus grosses chaleurs !

Que dire de l’idée lumineuse de Miss Hilly d’imposer aux patrons blancs de contruire des toilettes sommaires à l’extérieur pour les domestiques noirs, car elle était peu disposée à partager les siennes avec ces « gens si sales » et capables de transmettre des maladies terribles. Ce qui semble paradoxal, puisqu’elle laissait ces mêmes « gens si sales » préparer son repas, laver son linge et s’occuper de ses enfants !

Aujourd’hui, en 2011, ces événements semblent à la fois si loins et si proches… Je m’imagine la souffrance de toutes ces gens et j’en ai des frissons. Depuis la lecture de ce roman, je réfléchis plus à ce que signifie être Noire aujourd’hui. Quand je prends le métro, et que je me retrouve assise entre deux Blancs, moi qui suis Noire, je me dis : « Que de chemin parcouru ! »

J’ai alors une pensée pour toutes ces personnes, noires et blanches, qui se sont battues souvent au prix de leur vie pour faire cesser des aberrations telles que l’esclavage, la ségrégation, l’apartheid…

Merci à Kathryn Stockett, pour sa belle histoire, qui revient sur un passé difficile avec beaucoup d’humour et de légèreté mais avec une plume suffisamment forte pour ne pas laisser indifférent. Je vous le recommande vivement.

Un fils a été tiré de ce Best-Seller, qui devrait bientôt arriver dans les salles en France. J’ai regardé la bande annonce sur  www.cinoche.com et j’avoue que ça a l’air de reproduire assez fidèlement l’esprit du roman. A voir.

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